Réflexion sociétale. La femme noire : entre être fort et mystifié

Just because we’re magic; doesn’t mean were not real”

Jesse Williams ; BET Awards ; 26 juin 2016

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« Forte », « Courageuse » , « Solide », quelle femme noire n’a jamais entendu ces « compliments » à son égard ; souvent teinté d’une admiration presque béate. ..

La femme noire, est bien souvent enfermée dans des injonctions sociétales,  racistes,  qui lui assignent un rôle de femme dominante et sans failles.

 

« FEMME NOIRE, FORTE TU SERAS! »

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L’un des clichés les plus violents  et tenaces envers la femme noire est celui de la femme forte.

Cette femme, grande gueule, indépendante, qui gère sa vie et la vie des autres d’une main de fer, et qui ne faiblit jamais. 

L’image de la protectrice,   ou de la conseillère. La « mamie » dans Autant En Emporte le vent.

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Source: https://wtop.com/movies/2014/12/gone-with-the-wind-premiere-sparked-tension/

Il est ancré insidieusement dans presque toutes les communautés et se révèle déshumanisant.

Ce cliché de la femme noire, femme forte, nie la possibilité pour la femme noire, d’être fragile, de ressentir.

Bien souvent, la femme noire n’est réduite qu’à sa force et son courage. Elle est celle,  vers qui on se tourne,  pour des conseils avisés (magical negro) ; celle qui aura toujours le bon mot, le savoir , la patience pour résoudre un problème. Cette femme noire qui défend, qui protège voire surprotège, mais qui rarement, est  défendue ou protégée.

La femme noire est la femme forte et solide, celle sur qui on peut compter, s’appuyer. On notera,  un renvoi flagrant,  aux caractéristiques physiques et à cette fascination,  raciste, attribuée  à la puissance du corps noir.

Aux Antilles, c’est la figure de poto mitan (femme pilier central de la maison).

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Source: http://blakes.fr/que-veut-dire-lexpression-poto-mitan/

Cette femme matriarche, qui éduque ; aime ; dirige ; commande ; se dévoue corps et âme à et pour sa famille.

Cet imaginaire,  de la femme forte,  devrait a priori être perçu comme un compliment.

A l’heure des Olivia Pope, Annalise Keating ou Mary-Jane Paul ; Être forte devrait être accueilli, comme symbole de réussite personnelle et professionnelle, suprême.

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Le véritable problème est que cela ne fait que renforcer l’idée dangereuse,  que la femme noire ne peut jamais être triste, perdue, sans réponses ; qu’elle ne peut que rarement et sporadiquement,  être tout simplement humaine.

Après tout, qui investirait dans une chaise branlante ?

 

« FEMME NOIRE, NULLE ÉMOTION, AUTRE QUE COLÈRE ET COURAGE TU N’ÉPROUVERAS! »

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L’imaginaire de la femme noire forte, véhicule un autre cliché tenace, celui de la femme noire courageuse mais aussi colérique(Madea: Diary of Mad Black Woman), la  femme noire  ne ressent et ne peut ressentir que colère et n’est que courage.

Dès le plus jeune âge; la femme noire reçoit d’une autre femme noire ; sa mère ; l’injonction suprême qui sera sa boussole, durant toute sa vie : « Tu es forte, supporte! » 

La femme noire est bien souvent une femme sacrifiée et ce dès le plus jeune âge, c’est ce qu’on lui enseigne; rabâche ; assène. Elle intériorise : « Sois courageuse ! Tu es forte ! » “Ce n’est rien; tu es forte”.

La femme noire ne peut pas verbaliser pas son mal être, sa souffrance, car  elle n’en n’a pas le droit. Elle en est privée, d’abord au sein de sa propre famille et plus largement au sein de sa propre communauté.

Il est compréhensible, que lorsque la colère est légitime elle s’exprime avec douleur et force. La femme noire étant conditionnée à tout accepter de tous, son explosion programmée à long terme, est une évidence.

Mais malheureusement, lorsqu’il lui arrive d’exploser à raison, comme n’importe être humain, elle est montrée du doigt; moquée , ridiculisée et dépeinte comme une femme colérique, folle et sans dignité. 

« Sois forte et tais toi ! » Injonction clichée, qui peut avoir des effets dévastateurs sur le psyché,  à court et long terme. En effet, Ne s’imaginer, ne se concevoir qu’en être unidimensionnelle, forte, jusqu’au moment où,  ce schéma rencontre un obstacle insurmontable, se brise et oblige à repenser,  toute une personnalité; des mécanismes de fonctionnement ; voire une vie.

La femme noire étant niée dans cette faculté à éprouver fragilité et la nature ayant horreur du vide; ce sont les femmes d’autres communautés qui en deviennent bénéficiaires. 

Le stéréotype de la femme noire forte,  crée un espace, dangereux dans une autre mesure, pour les femmes noires mais aussi pour toutes les autres. 

Les autres femmes,  peuvent elles,   être perçues comme fragiles, douces (de façon parfois outrancière), et de ce fait  non seulement dignes de sympathie mais aussi d’empathie. 

Ces autres femmes, douces et fragiles, à qui l’on ne refuse que très rarement, d’accorder de l’aide.

La femme noire elle, est forte ! Elle n’a pas besoin que l’on se soucie de son bien être physique, mental ou émotionnel. Elle est forte, elle trouvera bien de la sympathie, auprès de d’autres femmes noires,  ou en elle-même, pour survivre. N’est-ce pas ?

C’est parce que les autres femmes, non noires, peuvent être vulnérables, que la femme noire elle ne peut qu’être que force, colère et courage.

 

 « FEMME NOIRE, A L’AMOUR TU NE PRÉTENDRAS PAS! »

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« Mais qui a besoin de leur amour déjà ?  »  ou  encore « je préfère les femmes-blanches-,  elle sont moins aigries que les femmes noires » de telles phrases, pour qualifier la femme noire, lorsqu’il s’agit de potentiels partenaires amoureuses, sont aussi tristes, que dangereuses. 

Quel être peut-il se passer d’amour ?

Encore une fois,  la femme noire est perçue comme si forte ; si indépendante,  qu’elle n’a pas besoin  d’amour ou si colérique et aigrie, qu’elle n’est pas digne d’être aimée.

Elle est si forte, elle est au dessus de cette basse envie primaire, qu’est l’amour. 

Elle est reléguée à cet être, cette entité inhumaine qui ne se nourrirait que de combats et de colère. 

Un être qui  peut se passer, du simple besoin d’être aimée, pour ses qualités et ses défauts. 

Elle est déjà admirée par toutes les communautés et la sienne, comme étant un roc, elle devrait ainsi, s’en contenter et se réjouir, si par un heureux hasard,  quelqu’un la trouve digne d’être aimée, pleinement, entièrement pour ce qu’elle est, malgré son inébranlable force.

Hasard, pas si sûr ? Bien souvent lorsque la femme noire est choisie, inconsciemment ou non, c’est pour sa force, son aptitude à tenir un foyer ou à assurer un travail émotionnel constant, dans une structure familiale ; et peut être privée de sa capacité  à exprimer ses émotions. 

Qu’un partenaire recherche la force chez l’autre, est à mon sens sain. Mais que la femme noire,  ne soit recherchée que pour assouvir cette impératif est problématique et met en danger, la santé mentale et émotionnelle de la femme noire.

Dans la plupart des relations de couple; la femme noire? est souvent, celle qui soutient son conjoint émotionnellement et professionnellement. Comme beaucoup de femme, elle met sa carrière voire la sacrifie au profit de l’éducation des enfants et du maintien d’un foyer harmonieux. En retour, elle reçoit souvent de son propre partenaire, en plus de la société, mépris ; humiliation et dans le pire des cas, violences physiques. L’injonction de la force, revient encore, lorsqu’à travers toutes ces épreuves, elle doit encore une fois, ne pas montrer sa souffrance et agir avec dignité.

Quant à celle qui déroge à l’injonction; celle qui s’est laissée surprendre dans cet état de colère ou de révolte légitime ; elle recevra le doux titre de « mad black woman » ou femme noire colérique et folle. Alors même, qu’elle a réagit suite à des abus multiples, son partenaire la diminue, l’insulte, la trompe, la bat mais elle devra rester, et restera. Ne devrait elle pas  déjà s’estimer heureuse  d’avoir été choisie? Elle restera de toute façon ; elle a déjà tout supporté.

                A mes femmes noires chéries, vous êtes fortes et réelles; et toutes vos émotions le sont aussi. 

Prenez le pouvoir ! Exprimez vous, laissez parler votre émotivité, vos fragilités, car elles sont aussi nobles que votre force. 

Signé edith-solitude-plumesnoiresdefranceÉdith Solitude.

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